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« Mon
képi pour un océan »,
« De l’Orénoque à l’Amazonie »,
« Cap
Utopia »
Jean-François Diné, Eau D'Automne
Trois livres pour raconter un périple extraordinaire de 5 ans en bateau.
Trois livres pour raconter le formidable cheminement intérieur d’un homme. Les
passionnés de « plaisance nautique », avec les revues de voiles,
retiennent l’exploit, une première, d’une navigation circulaire dans les
bassins de l’Orénoque et de l’Amazone en passant par le Rio Negro. Rien de moins
qu’un tour d’Amazonie en voilier. Une première absolue. Mais attention, quand
l’auteur, un jeune gendarme qui a demandé une disponibilité pour réaliser un
vieux rêve, part de la banlieue parisienne, il n’a jamais fait de bateau. Sa
femme Claudette, champenoise, n’a jamais vu la mer ! Ils apprennent sur le
tas, en descendant la côté espagnole puis africaine jusqu’au Sénégal, avant de
traverser l’Atlantique. S’ils ont un dériveur lesté, peut-être le meilleur
choix a posteriori pour cette aventure, c’est que c’était la seule coque
proposée dans une entreprise du coin. Comme ils n’ont pas non plus grands
moyens, ils travaillent à mi-chemin… à Cayenne (ou presque), de longs
mois, pour renflouer la caisse de bord. Ils se lancent aussi dans l’aventure
avec un matériel modeste, sans pouvoir par exemple réparer le moteur qui n’a
pas de marche arrière… Acharnement, patience et surtout, émerveillement, font
le reste.
Au fil des trois tomes (à lire dans l’ordre), « Jean-François » nous
devient infiniment sympathique. Il raconte le bonheur de cette échappée de 5
ans, le choix de s’arrêter, quelques mois à chaque fois, dans de minuscules
villages, sur les fleuves africains ou guyanais, chez les Yanomamis, la façon
modeste de partager le quotidien, d’échanger les fruits de sa pêche (il a pris
un filet) contre légumes et fruits… mais il est aussi ouvert à de dures
rencontres, comme celle avec un ancien prisonnier du pénitencier de Kenira qui
lui livre un témoignage insoutenable sur cette prison marocaine. Il sait
écouter, ici un habitant de Casamance qui lui parle des cérémonies de
circoncision et d’excision, là un autre ami sénégalais qui lui vante les
bienfaits de la polygamie. Lorsqu’il avoue son scepticisme, il sait aussi dire
sa sympathie et son respect pour un guérisseur qui vient lui demander du
mercure rouge pour aider les « bons génies » du village qui
commencent à vieillir. Nulle part, il n’y a trace de mépris ou de
condescendance. A chaque fois, mesurant la distance, comme à l’occasion d’une
cérémonie de deuil chez les Yanomamis où la famille ingère des cendres de l’enfant
mort, il voit d’abord la grandeur de ces arrangements si divers avec la
condition humaine.
Il dévoile aussi, parfois au détour de phrases, en sus de méditations
esthétiques ou existentielles, son propre itinéraire : le « sursaut
moral » qui le décide définitivement à demander sa disponibilité (une
parole donnée à un jeune qu’un supérieur indélicat obligera à bafouer), la rupture
avec sa famille qui s’est durement opposée à ce projet, ses fidélités, son
départ de la gendarmerie afin d’être maître de son temps… Etonnants épiloques,
ces livres se terminent par un joyeux bric-à-brac de conseils (par exemple,
comment faire une place à ses enfants dans une vie tournée vers les voyages et
respecter leur besoin de socialisation en restant au moins 6 mois par an en
région parisienne…), d’initiatives (comme celle de rassembler des navigateurs
et navigatrices solitaires) et d’anecdotes. Le troisième livre, Cap Utopia, ajoute un manifeste de
l’association Utopia, dont l’objectif est la redéfinition de la
« richesse ». Une manière - « apolitique » s’empresse t-il
de dire - de donner son point de vue sur la valeur travail, la croissance
à gogo, et le respect des hommes et de la nature, et de fixer un nouveau cap à
tous ses lecteurs et amis, voyageurs de tous crins… Un livre à rencontrer à
tout prix !
http://www.jeanfrancoisdine.eu/
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