Lectures d'ailleurs
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De l'exemple comme unique moyen de persuasion...

Sortie de secours, Yves Paccalet, Editions Arthaud


Après avoir publié en mars 2006 « L’humanité disparaîtra, bon débarras », un essai écologique - drôle mais d’un humour très noir - Yves Paccalet tente de nous montrer une « sortie de secours ». Une large part de ce second livre reste dévolue à la critique de l’homme, « agressif par nature et pervers par culture », de sa vision du progrès et de son mode de consommation. Mais Yves Paccalet s’efforce aussi de peindre, à la spatule et d’un ton encore plein d’humour, une « ultime utopie du partage ». Ultime parce que celle de la dernière chance. Du partage, parce qu’il n’hésite pas à affirmer que la décroissance est indispensable dans les pays riches pour que la Terre puisse supporter une croissance lente et absolument nécessaire dans les pays pauvre. Citant Gandhi : « les riches doivent vivre simplement pour que les pauvres puissent simplement vivre ». Mais il choisit d’insister largement sur le faut que cette « décroissance » individuelle et globale est pleine de promesse de « jouissances » : tout d’abord par l’augmentation symétrique de la consommation de biens immatériels, culture, temps libre…, mais aussi par du mieux portant et une « érotisation du monde », par tout ce qu’il dénomme « bonheur du peu », que dit bien, négativement, sa jolie formule, très adaptée à notre époque, « la propriété, c’est des peurs » - celle de perdre notamment ; Plus profondément, Yves Paccalet oppose la recherche de la satisfaction immédiate de toutes nos brouillonnes envies,  à l’absence de nouveaux besoins, à la recherche de ce que les grecs appelaient l’ataraxie, la tranquillité de l’âme. Si cette belle utopie est existentielle, essentielle, elle est aussi pratique, et, même s’il se défend de vouloir en rester là, Yves Paccalet n’oublie pas de rappeler les mille et un gestes possibles pour faire reculer la catastrophe. Et elle prend toute son ampleur politique lorsqu’il évoque l’idée d’un gouvernement mondial de la planète, dont la devise serait « un peuple, une terre, une démocratie ». On regrette seulement que ce soit par un pamphlet, une forme qui ne prise pas l’argumentation serrée, que Yves Paccalet s’adresse à nous. Mais dit-il, il laisse à d’autres le soin de parachever son travail. Au-delà de son livre, on regrette une fois de plus cette sorte de « paradoxe du voyageur » qui veut qu’il faille bourlinguer loin et longtemps, par les airs et par les mers – Yves Paccalet est un compagnon d’aventure de Cousteau et de Hulot - pour, à plus de 60 ans seulement, faire enfin sien le « bonheur du peu ». René Dumont n’avertissait-il pas pourtant dès 1974 « Une croissance indéfinie est impossible, nous n'avons qu'une seule Terre, mais une civilisation du bonheur est possible »… Espérons donc que la lecture de ce livre aujourd’hui, aura un impact sur tous les amoureux de la Terre et des voyages qui prendront sur eux de résister à la tentation des compagnies low-cost pour leur préférer le charme des voyages en train voire les tours du monde à vélo ou à la voile qui promettent d’ailleurs de biens plus grandes émotions !

Publié à 05:12 le 4/05/2007 dans Points de vue
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