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Xavier
Lowenthal, Lettre à Pauline, Récit d’un voyageur au Pays des Indiens
Tawahkas, Ed. La Cinquième Couche,
2003
Invité
par une ethnolinguiste, Xavier Löwenthal est parti au Honduras chez les indiens
Tawahkas enseigner le dessin. L’objectif était de participer au sauvetage de
leur langue. Cette langue orale s’accommode en effet mal de l’abstraction de
l’écriture parce qu’elle est restée très contextuelle - elle se parle avec
force gestes et mimiques. D’où l’idée d’utiliser la bande-dessinée pour
fabriquer une méthode de lecto-écriture permettant l’enseignement de la langue
en intégrant par le biais d’images des éléments du contexte aux côtés d’un
système d’écriture. Un exemple intéressant des échanges suscités par le dessin
est d’ailleurs proposé dans le livre. Un conte populaire met en scène un tigre
épargnant un rat qui lui a promis qu’un jour il aurait besoin de lui. Les
indiens chargés d’illustrer ce conte ont superposés les deux animaux sur un
seul dessin, sans représenter la chronologie de l’histoire (la promesse du rat
puis la libération par le rat du tigre pris dans des filets…). Qu’importe le
rat qui fait la promesse et le tigre qui est délivré, disent les indiens,
l’histoire signifie surtout que leurs sorts dépendent l’un de l’autre et que
« l’on a toujours besoin d’un plus petit que soi ». L’approche
proposée par l’ethnolinguiste Luz Stella Garcia Ocampo a d’ors et déjà débouché
sur de premières scolarisation en langue tawahkas et… sur l’émergence d’un
pidgin d’espagnol et de tawahkas.
Rencontrant
par hasard, pour la première fois, cette ethnolinguiste qui lui propose de
« l’accompagner au Honduras, dans la forêt humide, enseigner la bande
dessinée au Indiens ? » l’auteur accepte sans réfléchir « on ne
risquait pas de me le proposer une autre fois » et part pour un mois de
voyage laissant derrière lui, Pauline, sa bien-aimée. Il publie finalement le
journal de bord qu’il a tenu pour elle. Ce journal se présente comme un récit
de voyage illustré où le texte tient une place prépondérante. L’écriture est
soignée. Le style recherché mais sans maniérisme. Et c’est un vrai plaisir de
lire un texte joliment balancé, incisif dans les descriptions et plus
dissertatif sur les leçons à tirer de ce voyage…
L’illustration
de l’ouvrage distingue – on le comprend ainsi – les croquis de voyage, rapides,
peu précis, non homogènes dans l’approche graphique mais toujours réalistes, non
numérotés et des « planches et figures numérotées » qui illustrent de
manière décalées, imaginaires, souvent humoristiques, le propos du texte. Inspiré
par les anciennes « relations de voyages », l’auteur s’y décrit
ironiquement comme le « voyageur intrépide » et se représente en
costume XVIIIème… Le trait est singulier et le style tenu. Ce second carnet de
voyage de la Cinquième
couche confirme l’originalité des productions de cette petite maison
d’édition : comme dans celui de Renaud de Heyn, s’y conjugue originalité de
l’approche et de la construction, maturité dans la réalisation, finesse et
modestie du propos, humour décalé et franche liberté graphique ! Bref, on goûte
fort ces carnets venus des froidures bruxelloises !
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