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Carnets de voyage de Wolinski, Ed. Albin Michel
« Une fois, dans une forêt la nuit. Sur la route de
Bastia. J’ai été arrêté par une horde de cochons sauvages : C’est
Wolinski ! Vous me connaissez ? Bien sûr, c’est toi que tu fais les
dessins cochons. » Et voilà, Wolinski semble nous livrer les dessous de
ses ballades, mais nous ballade, nous mettant le sens des choses
dessus-dessous. A l’heure ou on expose à Beaubourg les carnets de reportage d’illustrateurs
voyageurs, voilà un carnet de voyage écrit par un journaliste reporter, dessinateur
de presse. Ce statut particulier lui donne d’abord l’occasion de rigoler assez
crument dans ses carnets de toutes ses rencontres pour lesquelles la carte de
presse et sa réputation sont un précieux sésame. De lui-même et de ses collègues
bien sûr quand « Tout l’obs est à Moscou». Mais sa gouaille se tempère à
peine pour évoquer cette soirée où il se retrouve par hasard reniflant
« la cuisine lontan, poulet massale, rougail saucisses, cari
zourîte… » avec lo presidente Chirac aux villas du Lagon à la Réunion. Plus loin, il nous
raconte pas à pas sa virée dans le Chiapas pour finir par afficher son
admiration pour le commandant Marcos. Qu’il verra plusieurs fois, dont une en
belle compagnie, avec Danielle Mitterand et sa petite fille, José Bové et tant d’autres
encore : c’est donc un carnet de voyage « people », mais, à la
manière de Wolinski. Lequel voit en toute aventure, prétexte à des ballades
existentielles ou il porte sur tout homme, ce singulier regard sans aménité, moqueur,
juste drôle assez pour ne pas être cynique. Les bouts d’histoire de vies qu’il
nous livre tiennent parfois en une phrase – un talent propre au dessinateur de
presse – mais prennent d’autres fois leur temps. Le carnet est bavard,
certaines fois presque difficile à lire tant la typographie est petite et le
texte dense. C’est parfois cru, vert comme des moments roses. C’est aussi
parfois empreint d’une envie de témoigner. Le ton descriptif qui là, faisait
rire, introduit ici une distance nécessaire : le carnet sur le Cambodge
est particulièrement émouvant et une des « conclusions », lancée dans
un petit encadré discret, est vertigineuse à méditer. Quel bonheur de lire un
bon vivant qui tout en évoquant banquets fins, vins, fêtes, danses et
sexe, par des traits plus rapides qu’une
analyse, nous fait partager une connaissance approfondie de l’actualité et des
hommes et son inimitable manière « d’être au monde ».
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